"Ce qui, il y a vingt ans, paraissait une exagération est aujourd'hui réalité : nous sommes tous dans une zone de danger mondial"…
C'est ainsi qu'Ulrich Beck présente la nouvelle édition de son livre "La société du risque" publié pour la première fois en 1986. Il mettait alors en garde contre une série de changements et de conséquences des sociétés postmodernes qui constituaient à l'époque de nouveaux risques. Aujourd'hui, la succession ininterrompue d'événements, comme l'exprime Beck, fait de l'édition un livre nouveau : "La Société du risque mondial", titre qui souligne la connotation globale du risque.
Le processus de configuration des risques répond à une construction sociale où la dynamique naturelle et la dynamique de la communauté interagissent. L'exposition de la société à une grande variété de risques, produits notamment des multiples dangers sociaux et environnementaux, est un constat plus fort que jamais. Aujourd'hui, la vulnérabilité des personnes et des sociétés est plus élevée. Et le plus grave est que cette vulnérabilité dépend de nous en quasi-totalité, et tourne de plus en plus autour des risques que nous avons décidé, ou pas, d'assumer.
Les risques, les dangers ou les menaces, et les vulnérabilités sont multiples et se génèrent entre eux : c'est pourquoi on ne peut les aborder efficacement si on les considère séparément. L'approche des risques multiples rassemble les connaissances des différentes menaces dans la gestion des risques, dans les stratégies politiques, dans les évaluations professionnelles et les analyses techniques, dans les capacités opérationnelles et dans la compréhension du citoyen, afin de nous amener à une meilleure action et un meilleur rapport coût/efficacité des processus de développement.
L'état des personnes et des sociétés dépend du niveau de risques multiples assumés et construits par la société elle-même, et aussi des risques qui sont en apparence externes et souvent assumés avec résignation. Cependant, si on remonte la trace de ces risques externes, on se rendra compte que d'une certaine façon, à un moment donné, nous avons été, nous ou notre communauté, les architectes ou les ouvriers de la construction de ces risques.
Les interventions pour la réduction des risques dans les différentes disciplines ont exigé dans chacune d'entre elles la formulation de définitions et de mesures des dangers, des vulnérabilités et des risques. Même si les différentes disciplines ont eu des motifs divers pour la formulation de ces définitions, celles-ci sont tout de même très utiles : elles identifient les risques et les groupes vulnérables en tenant compte de l'approche des risques multiples, qui relie les différentes menaces, point essentiel pour toutes les disciplines.
Les liens entre les éléments environnementaux, sociaux, économiques et politiques, parfois invisibles dans d'autres réalités, sont absolument déterminants dans la construction sociale des risques qui influencent le développement. L'Amérique Latine et notamment le Pérou présentent une configuration géographique et de relief particulière, qui tout en fournissant un territoire riche, d'une biodiversité unique et spectaculaire, impose un défi gigantesque pour le développement : elle exige en effet des processus politiques, économiques, sociaux et environnementaux particuliers et innovants.
Le développement et la réduction des risques sont indissociables. L'approche de la gestion des risques multiples englobe toutes les disciplines qui touchent au développement. Pour une intervention efficace des initiatives locales et de la coopération internationale, on doit prendre
en compte que les concepts, les mesures et les méthodes liées aux dangers, aux vulnérabilités
et aux risques seront différents d'une discipline à l'autre. C'est pourquoi il est essentiel d'améliorer la coordination interdisciplinaire.
Pompiers sans Frontières Filiale Pérou a adopté l'approche des risques multiples dans la gestion des risques de catastrophes en tant que thème transversal du développement. L'institution a intégré ces approches dans différents projets de coopération liés à la santé, à l'éducation et à l'environnement. Cette expérience a permis de constater que les opérateurs, les fonctionnaires et les dirigeants des institutions gouvernementales, non gouvernementales, des agences de développement et des financeurs de la coopération internationale ont des niveaux variables de connaissance des concepts et pratiques de la gestion des risques. C'est pour cette raison, et afin de diffuser la vision de la gestion des risques depuis les différentes disciplines que nous avons publié ce livre, recueil de concepts, de définitions, d'approches et de normes de plusieurs chercheurs en santé, en éducation et en gestion de risques en général.
Le risque est globalisé non seulement dans l'espace mais également d'un point de vue thématique. Il est important pour les gouvernements locaux, la coopération internationale et pour la responsabilité sociale de relier nos thèmes à ceux développés par d'autres institutions. Notre publication « Gestion communautaire du risque, prise en charge de santé primaire et développement social : ingénierie sociale ? » tente de diffuser les connaissances que les spécialistes en sciences sociales ont formulées, et de montrer comment nous appliquons ces concepts au domaine de la santé. Pour cela, nous avons utilisé les fondements de deux autres domaines thématiques transversaux : l'éducation et la promotion de la santé.
L'éducation est intégrée dans ce livre afin de proposer une vision panoramique des théories de l'éducation, qui peuvent suggérer des méthodes et processus d'enseignement et d'apprentissage dans nos interventions. Par ailleurs, la promotion de la santé est à la base de la prise en charge de santé primaire et en extrait son essence : la santé comme état complet de bien-être physique, mental et social, et non seulement comme l'absence de maladies et de troubles. La promotion de la santé se centre sur la santé et non sur la maladie, et considère dans son analyse l'influence de l'environnement et autres facteurs déterminants, notamment les facteurs sociaux.
A partir de ces supports thématiques, le livre présente une application concrète de Pompiers sans Frontières dans une communauté défavorisée en périphérie de Lima : l'action médico-psycho-sociale du Samusocial Perù y intègre des éléments de gestion des risques avec des instruments de dynamique participative, que ce soit dans les étapes d'intégration du service à la communauté, comme dans le développement des capacités communautaires et institutionnelles des acteurs impliqués. De plus, les éléments de gestion de risques contribuent à l'élargissement et à l'évolution du service Samusocial : celui-ci va désormais de l'assistance de la communauté pour sa subsistance jusqu'à la construction communautaire pour son développement.
A travers cette publication, Pompiers sans Frontières réalise un bref apport éditorial au grand processus d'incidence mis en oeuvre par les organisations qui travaillent à la réduction des risques de catastrophes, constatant les modestes connaissances du thème de la part de beaucoup d'organisations dans leurs actions d'assistance et de développement, et observant que les bailleurs de fonds ne prennent souvent pas en compte cette composante transversale.
José Antonio Jiménez Saldaña.
Directeur Pompiers Sans Frontières
filiale Pérou.